Chargement d'une barre lestée en salle, effort contrôlé lors de la rééducation
Article · Rééducation

La douleur pendant la rééducation : jusqu'où est-elle acceptable ?

Faut-il tout arrêter dès que ça fait mal ? La recherche récente est plus nuancée : une douleur modérée et contrôlée peut être tolérée, parfois même utile, à condition de savoir la lire et de connaître les situations où elle reste un stop.

Sourcé par PMID · Septembre 2026
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le seuil de douleur toléré pendant l'effort, si elle retombe le lendemain (Silbernagel 2007)
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de récupération de force isométrique en plus à 2 mois quand une douleur modérée est tolérée (Hickey 2020)
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aucune différence de délai de reprise entre rééducation sans douleur et douleur tolérée (Hickey 2020)

01 · Le cadreLa douleur n'est pas un simple interrupteur

Le réflexe le plus répandu, chez le patient comme parfois chez le soignant, est binaire : si un exercice fait mal, on l'arrête. Ce réflexe a une logique, mais il simplifie à l'excès. La douleur est un signal, dont le sens dépend du tissu concerné, du stade de cicatrisation et du type de blessure. Une douleur modérée qui se calme n'a pas la même valeur qu'une douleur vive qui s'installe.

Historiquement, la rééducation a été conduite en restant strictement indolore. Les revues récentes montrent d'ailleurs que la progression y est presque toujours pilotée par la douleur. Mais plusieurs travaux ont depuis interrogé cette règle, en comparant une rééducation sans douleur à une rééducation qui autorise une douleur contrôlée. Leurs résultats invitent à remplacer l'interrupteur binaire par une lecture graduée.

Hickey JT et al., Sports Med 2017;47(7):1375-1387 (PMID 28035586).

02 · L'essai de référenceDouleur tolérée ou zéro douleur ?

L'essai le plus direct sur la question a comparé, chez 43 sportifs après lésion des ischio-jambiers, une rééducation sans douleur à une rééducation autorisant une douleur jusqu'à un seuil. Résultat sur le délai de reprise : 15 jours en médiane dans le groupe sans douleur, 17 jours dans le groupe avec douleur tolérée, une différence non significative. Autoriser la douleur n'a donc pas accéléré la reprise.

Mais ce n'est pas tout. Le groupe qui tolérait la douleur a mieux récupéré sa force : la force isométrique des fléchisseurs de genou était supérieure de 15 % à deux mois, et la longueur des faisceaux du biceps fémoral, un facteur de risque connu, s'était mieux restaurée. Autrement dit, tolérer une douleur contrôlée n'a pas fait revenir plus vite, mais a laissé une meilleure qualité de récupération. La prudence reste de mise : l'essai est de petite taille, avec seulement quatre récidives, ce qui interdit d'en tirer une règle définitive.

Hickey JT et al., J Orthop Sports Phys Ther 2020;50(2):91-103 (PMID 32005093).

03 · Une règle simpleLe modèle de suivi de la douleur

Comment tolérer une douleur sans franchir la ligne rouge ? La réponse la plus opérationnelle vient de la tendinopathie d'Achille, avec un modèle de suivi de la douleur simple et chiffré. Trois conditions doivent être réunies : la douleur peut monter jusqu'à 5 sur 10 pendant l'effort, elle doit être retombée le lendemain matin, et elle ne doit pas augmenter d'une semaine à l'autre.

Dans l'essai qui l'a testé, les patients autorisés à poursuivre la course et les sauts sous ce modèle n'ont eu aucun résultat inférieur à ceux mis au repos, avec une récupération comparable. Le message est double : une douleur modérée n'impose pas l'arrêt total, et une règle claire permet de charger le tissu sans le surmener.

Silbernagel KG et al., Am J Sports Med 2007;35(6):897-906 (DOI 10.1177/0363546506298279).

MODÈLE DE SUIVI DE LA DOULEUR Acceptable Trop : réduire la charge 5 / 10 0 10 Échelle de douleur pendant l'effort Douleur inférieure ou égale à 5 sur 10 pendant l'effort Elle est retombée le lendemain matin Elle n'augmente pas d'une semaine à l'autre Sinon : réduire la charge et réévaluer
Le modèle de suivi de la douleur, d'après Silbernagel 2007. Une douleur jusqu'à 5 sur 10 est tolérée pendant l'effort à trois conditions cumulatives. Repère clinique, à adapter au tissu et au stade de la blessure.

04 · Au-delà de la blessure aigüeLa douleur à l'exercice dans les douleurs chroniques

Pour les douleurs musculosquelettiques chroniques, la question a été tranchée par une revue systématique avec méta-analyse. Les protocoles d'exercices réalisés dans la douleur apportent un bénéfice petit mais significatif par rapport aux exercices sans douleur, à court terme, avec un niveau de preuve modéré. L'effet est mesuré à une taille de moins 0,27, ce qui reste modeste. Au-delà de trois mois, aucune différence nette ne persiste.

La portée est donc limitée : cela concerne la douleur chronique, pas la blessure aigüe, et le gain est petit et de court terme. Mais cela conforte l'idée qu'exiger l'absence totale de douleur n'est pas toujours la meilleure option, et que travailler avec une douleur tolérée peut avoir sa place, sans être une fin en soi.

Smith BE et al., Br J Sports Med 2017;51(23):1679-1687 (DOI 10.1136/bjsports-2016-097383).

05 · Les exceptionsQuand la douleur reste un stop

Tolérer une douleur modérée n'est pas une autorisation générale. Certaines situations imposent l'absence de douleur. Après une lésion des ischio-jambiers, le consensus international de Londres retient le sprint indolore comme un critère de retour au jeu, à un très fort niveau d'accord. Les lésions de haut grade et les atteintes tendineuses justifient une progression plus lente et plus prudente. Et quelle que soit la blessure, une douleur qui augmente de semaine en semaine, ou qui ne s'est pas calmée le lendemain, est un signal pour réduire la charge, pas pour insister.

Le principe général tient en une phrase : la douleur est une information à interpréter selon le tissu et le stade, pas un mur ni un feu vert permanent. Pour approfondir les critères de reprise après une lésion des ischio-jambiers, voir notre article dédié aux critères de retour au sport après lésion des ischio-jambiers.

Paton BM et al., Br J Sports Med 2023;57(5):278-291 (PMID 36650032).

À retenir

La douleur n'est pas un simple interrupteur. Une douleur modérée, jusqu'à 5 sur 10 pendant l'effort, peut être tolérée si elle retombe le lendemain et n'augmente pas d'une semaine à l'autre. La tolérer n'accélère pas la reprise, mais peut améliorer la qualité de la récupération de force. Certaines situations, comme le sprint après lésion des ischio-jambiers ou les atteintes tendineuses de haut grade, restent des exceptions où l'absence de douleur prime.

Décider sur des critères tracés

Les protocoles d'évaluation Corpus K formalisent les critères de reprise en distinguant ce qui fait consensus de ce qui reste un repère, chaque seuil étant tracé jusqu'à sa référence. La gestion de la douleur à l'effort y trouve sa place, comme un signal à interpréter et non comme une règle unique.

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Sources

  1. Hickey JT, Timmins RG, Maniar N, Rio E, Hickey PF, Pitcher CA, Williams MD, Opar DA. Pain-free versus pain-threshold rehabilitation following acute hamstring strain injury: a randomized controlled trial. J Orthop Sports Phys Ther. 2020;50(2):91-103. PMID 32005093. PubMed
  2. Silbernagel KG, Thomeé R, Eriksson BI, Karlsson J. Continued sports activity, using a pain-monitoring model, during rehabilitation in patients with Achilles tendinopathy: a randomized controlled trial. Am J Sports Med. 2007;35(6):897-906. DOI 10.1177/0363546506298279. Éditeur
  3. Smith BE, Hendrick P, Smith TO, Bateman M, Moffatt F, Rathleff MS, Selfe J, Logan P. Should exercises be painful in the management of chronic musculoskeletal pain? A systematic review and meta-analysis. Br J Sports Med. 2017;51(23):1679-1687. DOI 10.1136/bjsports-2016-097383. Éditeur
  4. Paton BM, Read P, van Dyk N, Wilson MG, Pollock N, Court N, et al. London International Consensus and Delphi study on hamstring injuries part 3: rehabilitation, running and return to sport. Br J Sports Med. 2023;57(5):278-291. PMID 36650032. PubMed
  5. Hickey JT, Timmins RG, Maniar N, Williams MD, Opar DA. Criteria for progressing rehabilitation and determining return-to-play clearance following hamstring strain injury: a systematic review. Sports Med. 2017;47(7):1375-1387. PMID 28035586. PubMed

Cet article a une visée informative destinée aux professionnels de santé. Il ne se substitue pas au jugement clinique du praticien ni à la décision médicale du médecin référent. Les données citées portent sur des populations et des tissus variés (lésion musculaire aigüe, tendinopathie, douleur chronique) ; leur transposition d'un contexte à l'autre demande du discernement.

Déclaration d'intérêts. Cet article est publié par Corpus K, qui édite des protocoles d'évaluation clinique, dont certains sont payants. Les données et repères présentés proviennent de la littérature scientifique indépendante, citée et référencée ci-dessus ; ils ne sont pas produits par Corpus K. L'article a une visée informative et ne substitue jamais la promotion d'un outil à l'exactitude des données. Aucun financement externe n'a soutenu sa rédaction.

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