01 · DéfinitionCe que mesure le LSI
Le Limb Symmetry Index (LSI) compare la performance du membre opéré à celle du membre sain. C'est un rapport, exprimé en pourcentage, qui traduit le degré de symétrie entre les deux jambes.
La mesure s'applique aussi bien à la force (dynamomètre isocinétique à 60 degrés par seconde, dynamomètre manuel, ou à défaut charge maximale sur machine) qu'aux performances fonctionnelles, en particulier les hop tests. Sa force est sa simplicité : un praticien peut l'obtenir au cabinet sans équipement lourd.
02 · Les testsLes quatre hop tests de référence
La batterie de hop tests a été introduite par Noyes et ses collaborateurs en 1991, puis sa fiabilité et sa validité ont été confirmées par Reid en 2007. Elle repose sur quatre sauts unipodaux complémentaires.
Un point méthodologique décisif ressort déjà de l'étude fondatrice : un seul hop test isolé n'a détecté une asymétrie anormale que dans la moitié des cas. En combinant les tests, la sensibilité monte nettement. C'est pourquoi on utilise une batterie, et non un test unique.
Cette batterie de 1991 a été affinée par des travaux bien plus récents, qui vont dans le même sens. Une revue systématique avec méta-analyse a montré que mesurer la seule distance de saut ne suffit pas à détecter les déficits de fonction du genou après reconstruction du LCA : deux jambes peuvent sauter aussi loin par des stratégies différentes. Des travaux biomécaniques retrouvent d'ailleurs des asymétries persistantes à neuf mois, même quand la distance paraît symétrique, et des valeurs de référence de saut ont été établies récemment pour les sports de pivot.
Noyes FR et al., Am J Sports Med 1991;19(5):513-518 (PMID 1962720) · Reid A et al., Phys Ther 2007;87(3):337-349 (PMID 17311886) · Kotsifaki A et al., Br J Sports Med 2020;54(3):139-153 (PMID 31142471) · King E et al., Am J Sports Med 2019;47(5):1175-1185 (PMID 30943079) · van Melick N et al., J Orthop Sports Phys Ther 2024;54(6):377-390 (PMID 38506715).
03 · Le seuilD'où vient le seuil de 90 %, et comment l'appliquer
Le seuil de 90 % est le repère le plus répandu pour autoriser le retour au sport de pivot. Mais deux précautions changent tout dans son application.
D'abord, le seuil s'applique test par test, pas en moyenne. Un athlète qui obtient 100 % sur un saut et 80 % sur un autre a une moyenne flatteuse de 90 %, mais masque un déficit réel sur le second. La revue systématique de Webster et Hewett rappelle que valider la moyenne n'a pas la même signification que valider chaque test.
Ensuite, le seuil dépend de l'objectif. Pour le retour à la course, moins exigeant en contraintes de pivot, la littérature retient des seuils plus bas (souvent 70 à 80 %, comme détaillé dans notre article sur le retour à la course après LCA). Pour le sport de pivot et de contact, on vise 90 %, parfois une symétrie complète.
Webster KE, Hewett TE, Sports Med 2019;49(6):917-929 · Grindem H et al., Br J Sports Med 2016;50(13):804-808 (PMID 27162233).
04 · Le piègePourquoi le LSI peut surestimer la fonction
C'est la limite la plus importante à connaître. Le LSI compare l'opéré au sain, en supposant implicitement que le côté sain est resté à son niveau d'avant blessure. Or, pendant les semaines d'immobilisation et de rééducation, le côté sain perd lui aussi de la force. Le dénominateur baisse, et le rapport se trouve artificiellement gonflé.
Wellsandt et ses collaborateurs ont documenté ce biais en 2017 et proposé une parade, la capacité pré-blessure estimée (EPIC, pour estimated pre-injury capacity). L'idée : au lieu de diviser la force du membre opéré par celle du membre sain le jour du test, on la divise par une estimation de sa capacité d'avant blessure.
Concrètement, deux voies s'offrent au praticien. La première consiste à mesurer la force du membre sain le plus tôt possible, dès le bilan initial, avant qu'il ne se désentraîne, puis à conserver cette valeur comme référence au moment du test de reprise, plutôt que la valeur du jour déjà dégradée. La seconde, quand aucune mesure précoce n'est disponible, consiste à normaliser la force du membre opéré au poids corporel (en newton-mètre par kilo) et à la comparer à des valeurs de référence publiées pour l'âge, le sexe et le sport. Dans les deux cas, le principe est le même : ne jamais lire le LSI sans une mesure de force absolue à côté.
On pourrait vouloir comparer la force du membre opéré à des valeurs de référence publiées. Mais ces normes sont propres à chaque population : les plus grandes séries portent sur des adultes non sportifs, et les rares données athlétiques restent étroites, limitées à un sport, un sexe et une tranche d'âge. La force du quadriceps varie fortement avec l'âge et le sexe, et aucun barème ne fait office de cible universelle pour un sportif. C'est précisément ce qui rend la référence individuelle de l'EPIC, la propre capacité du patient avant sa blessure, plus pertinente qu'une norme de population.
Wellsandt E, Failla MJ, Snyder-Mackler L, J Orthop Sports Phys Ther 2017;47(5):334-338 (PMID 28355978) · Liu K et al., Front Bioeng Biotechnol 2025;13:1573267 (DOI 10.3389/fbioe.2025.1573267).
Cette approche suppose une mesure de référence précoce, souvent indisponible en pratique libérale. Les protocoles pilotes de Corpus K (RTS Genou et RTR Genou LCA) proposent désormais un indice EPIC optionnel : lorsqu'une mesure précoce du côté sain est renseignée, l'EPIC s'affiche à côté du LSI, sans jamais conditionner le verdict. Il reste un indicateur complémentaire, pas un critère de décision, faute de seuil consensuel à ce jour.
Un LSI de 90 % ne signifie pas « force normale ». Il signifie « les deux jambes se ressemblent ». Si les deux se sont affaiblies, la symétrie est bonne et la fonction reste insuffisante. Toujours interpréter le LSI à la lumière de la force absolue.
05 · Les limitesRéussir les hop tests ne garantit pas la force
Dans le même esprit, passer les hop tests ne dispense pas de mesurer la force isolée du quadriceps. Un patient peut compenser un déficit de force par la technique, l'élan ou la stratégie de saut, et franchir les seuils fonctionnels tout en conservant un déficit de force réel. Les hop tests et la force isométrique explorent des qualités différentes et complémentaires : ni l'un ni l'autre ne se substitue.
Le LSI mesure une symétrie, pas une capacité. C'est un indicateur, jamais un verdict à lui seul.
06 · En pratiqueComment Corpus K intègre le LSI
Nos protocoles traduisent directement ces principes, plutôt que de renvoyer un chiffre isolé.
- Dans le protocole RTS Genou (sport de pivot), les quatre hop tests sont exigés à un LSI d'au moins 90 % chacun, validés individuellement et non en moyenne, avec le Timed Hop calculé en LSI inversé.
- Dans le protocole RTR Genou LCA (retour à la course), le seuil de force est fixé plus bas, cohérent avec l'objectif de course, et une note rappelle explicitement qu'un hop test réussi ne remplace pas la mesure de force isolée.
- Dans tous les cas, une note méthodologique signale le risque de surestimation par affaiblissement du côté sain, et propose une estimation alternative quand le dynamomètre manque.
Autrement dit, le LSI n'est jamais utilisé seul : il est encadré par la force absolue, par le délai, et par les critères cliniques et neuromusculaires.
Le LSI est un rapport opéré sur sain, à lire test par test et non en moyenne. La batterie de quatre hop tests est plus sensible qu'un test isolé. Le seuil dépend de l'objectif : plus bas pour la course, autour de 90 % pour le pivot. Surtout, le LSI peut surestimer la fonction si le côté sain s'est affaibli : il se lit toujours avec la force absolue en tête.
Voir le LSI en situation
Le protocole RTR Genou LCA de Corpus K, offert, montre comment le LSI, les hop tests et la force s'articulent dans une décision de reprise, avec le calcul automatisé et la traçabilité de chaque seuil.
Essayer le protocole RTR Genou LCA →