Athlète en saut vertical sous éclairage zénithal
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LSI et hop tests : bien interpréter la symétrie du membre inférieur

Le Limb Symmetry Index est partout dans la décision de retour au sport, souvent résumé à « 90 % ». Derrière ce chiffre se cache une mesure utile mais facile à mal lire. Voici ce qu'elle dit vraiment, et ce qu'elle ne dit pas.

Analyse méthodologique sourcée · Mis à jour août 2026
4
hop tests dans la batterie de référence (Noyes 1991)
50%
de sensibilité pour un hop test isolé, d'où la batterie (Noyes 1991)
90%
le seuil classique, à valider test par test, pas en moyenne

01 · DéfinitionCe que mesure le LSI

Le Limb Symmetry Index (LSI) compare la performance du membre opéré à celle du membre sain. C'est un rapport, exprimé en pourcentage, qui traduit le degré de symétrie entre les deux jambes.

LE CALCUL LSI (%) = côté opéré côté sain × 100 Exception : le 6 m Timed Hop utilise un LSI inversé (sain ÷ opéré) car un temps plus court traduit une meilleure performance.
Le LSI se lit toujours dans le sens « opéré sur sain », sauf pour les tests chronométrés où la logique s'inverse.

La mesure s'applique aussi bien à la force (dynamomètre isocinétique à 60 degrés par seconde, dynamomètre manuel, ou à défaut charge maximale sur machine) qu'aux performances fonctionnelles, en particulier les hop tests. Sa force est sa simplicité : un praticien peut l'obtenir au cabinet sans équipement lourd.

02 · Les testsLes quatre hop tests de référence

La batterie de hop tests a été introduite par Noyes et ses collaborateurs en 1991, puis sa fiabilité et sa validité ont été confirmées par Reid en 2007. Elle repose sur quatre sauts unipodaux complémentaires.

I Single Hop for Distance Un saut, distance maximale. II Triple Hop for Distance Trois sauts enchaînés, distance totale. III Crossover Hop for Distance Trois sauts qui franchissent la ligne d'un côté à l'autre. IV 6 m Timed Hop Six mètres sur un pied, le plus vite possible.
Les quatre hop tests de la batterie de Noyes 1991, validée par Reid 2007. Chacun sollicite le membre inférieur différemment.

Un point décisif ressort déjà de l'étude fondatrice : un hop test isolé ne repère une asymétrie anormale que dans la moitié des cas. En combinant les tests, on en repère nettement plus. C'est pourquoi on utilise une batterie, et non un test unique.

Des travaux plus récents vont dans le même sens. Une méta-analyse montre que la seule distance de saut ne suffit pas à repérer les déficits du genou après LCA : deux jambes peuvent sauter aussi loin avec des stratégies différentes. Des études biomécaniques retrouvent d'ailleurs des asymétries à neuf mois alors que la distance paraît symétrique.

Noyes FR et al., Am J Sports Med 1991;19(5):513-518 (PMID 1962720) · Reid A et al., Phys Ther 2007;87(3):337-349 (PMID 17311886) · Kotsifaki A et al., Br J Sports Med 2020;54(3):139-153 (PMID 31142471) · King E et al., Am J Sports Med 2019;47(5):1175-1185 (PMID 30943079) · van Melick N et al., J Orthop Sports Phys Ther 2024;54(6):377-390 (PMID 38506715).

03 · Le seuilD'où vient le seuil de 90 %, et comment l'appliquer

Le seuil de 90 % est le repère le plus répandu pour autoriser le retour au sport de pivot. Mais deux précautions changent tout dans son application.

D'abord, le seuil s'applique test par test, pas en moyenne. Un athlète à 100 % sur un saut et à 80 % sur un autre a une moyenne flatteuse de 90 %, mais un déficit réel sur le second. Valider la moyenne n'a pas la même valeur que valider chaque test (Webster et Hewett).

Ensuite, le seuil dépend de l'objectif. Pour le retour à la course, moins exigeant en pivot, la littérature retient des seuils plus bas, détaillés dans notre article sur le retour à la course après LCA. Pour le sport de pivot et de contact, on vise 90 %, parfois une symétrie complète.

Webster KE, Hewett TE, Sports Med 2019;49(6):917-929 · Grindem H et al., Br J Sports Med 2016;50(13):804-808 (PMID 27162233).

04 · Le piègePourquoi le LSI peut surestimer la fonction

C'est la limite la plus importante à connaître. Le LSI compare l'opéré au sain, en supposant implicitement que le côté sain est resté à son niveau d'avant blessure. Or, pendant les semaines d'immobilisation et de rééducation, le côté sain perd lui aussi de la force. Le dénominateur baisse, et le rapport se trouve artificiellement gonflé.

LE PIÈGE DU DÉNOMINATEUR Avant blessure sain opéré Au moment du test sain affaibli opéré LSI réel · 100 % LSI affiché · 90 % flatteur
Si le côté sain s'affaiblit, le LSI grimpe sans que le côté opéré n'ait progressé. Le rapport paraît bon alors que la force absolue reste basse.

Wellsandt et ses collaborateurs ont documenté ce biais en 2017 et proposé une parade : la capacité pré-blessure estimée (EPIC, pour estimated pre-injury capacity). L'idée est de comparer le membre opéré à ce que pouvait faire le patient avant sa blessure, plutôt qu'à un côté sain devenu plus faible.

Concrètement, le praticien a deux options. La première : mesurer la force du côté sain dès le bilan initial, avant qu'il ne se désentraîne, et garder cette valeur comme référence au moment du test de reprise. La seconde, quand aucune mesure précoce n'existe : rapporter la force du membre opéré au poids corporel et la comparer à des valeurs de référence publiées. Dans les deux cas, le principe est le même : ne jamais lire le LSI sans une mesure de force absolue à côté.

Ces valeurs de référence ont leurs limites : les plus grandes séries portent sur des adultes non sportifs, et les données chez les athlètes restent étroites (un sport, un sexe, une tranche d'âge). La force du quadriceps varie fortement avec l'âge et le sexe, et aucun barème ne sert de cible universelle pour un sportif. C'est ce qui rend la référence individuelle de l'EPIC, la propre capacité du patient avant sa blessure, plus pertinente qu'une norme de population.

Wellsandt E, Failla MJ, Snyder-Mackler L, J Orthop Sports Phys Ther 2017;47(5):334-338 (PMID 28355978) · Liu K et al., Front Bioeng Biotechnol 2025;13:1573267 (DOI 10.3389/fbioe.2025.1573267).

Cette approche suppose une mesure de référence précoce, souvent indisponible en pratique libérale. Les protocoles pilotes de Corpus K (RTS Genou et RTR Genou LCA) proposent désormais un indice EPIC optionnel : lorsqu'une mesure précoce du côté sain est renseignée, l'EPIC s'affiche à côté du LSI, sans jamais conditionner le verdict. Il reste un indicateur complémentaire, pas un critère de décision, faute de seuil consensuel à ce jour.

Le point à ne pas manquer

Un LSI de 90 % ne signifie pas « force normale ». Il signifie « les deux jambes se ressemblent ». Si les deux se sont affaiblies, la symétrie est bonne et la fonction reste insuffisante. Toujours interpréter le LSI à la lumière de la force absolue.

05 · Les limitesRéussir les hop tests ne garantit pas la force

Dans le même esprit, passer les hop tests ne dispense pas de mesurer la force isolée du quadriceps. Un patient peut compenser un déficit de force par la technique, l'élan ou la stratégie de saut, et franchir les seuils fonctionnels tout en conservant un déficit de force réel. Les hop tests et la force isométrique explorent des qualités différentes et complémentaires : ni l'un ni l'autre ne se substitue.

Le LSI mesure une symétrie, pas une capacité. C'est un indicateur, jamais un verdict à lui seul.

06 · En pratiqueComment Corpus K intègre le LSI

Nos protocoles traduisent directement ces principes, plutôt que de renvoyer un chiffre isolé.

Autrement dit, le LSI n'est jamais utilisé seul : il est encadré par la force absolue, par le délai, et par les critères cliniques et neuromusculaires.

À retenir

Le LSI est un rapport opéré sur sain, à lire test par test et non en moyenne. La batterie de quatre hop tests est plus sensible qu'un test isolé. Le seuil dépend de l'objectif : plus bas pour la course, autour de 90 % pour le pivot. Surtout, le LSI peut surestimer la fonction si le côté sain s'est affaibli : il se lit toujours avec la force absolue en tête.

Voir le LSI en situation

Le protocole RTR Genou LCA de Corpus K, offert, montre comment le LSI, les hop tests et la force s'articulent dans une décision de reprise, avec le calcul automatisé et la traçabilité de chaque seuil.

Essayer le protocole RTR Genou LCA →

Sources

  1. Noyes FR, Barber SD, Mangine RE. Abnormal lower limb symmetry determined by function hop tests after anterior cruciate ligament rupture. Am J Sports Med. 1991;19(5):513-518. PMID 1962720. PubMed
  2. Reid A, Birmingham TB, Stratford PW, Alcock GK, Giffin JR. Hop testing provides a reliable and valid outcome measure during rehabilitation after anterior cruciate ligament reconstruction. Phys Ther. 2007;87(3):337-349. PMID 17311886. PubMed
  3. Gustavsson A, Neeter C, Thomeé P, et al. A test battery for evaluating hop performance in patients with an ACL injury and patients who have undergone ACL reconstruction. Knee Surg Sports Traumatol Arthrosc. 2006;14(8):778-788. PMID 16525796. PubMed
  4. Logerstedt D, Grindem H, Lynch A, et al. Single-legged hop tests as predictors of self-reported knee function after anterior cruciate ligament reconstruction: the Delaware-Oslo ACL cohort study. Am J Sports Med. 2012;40(10):2348-2356. PMID 22926749. PubMed
  5. Kotsifaki A, Korakakis V, Whiteley R, Van Rossom S, Jonkers I. Measuring only hop distance during single leg hop testing is insufficient to detect deficits in knee function after ACL reconstruction: a systematic review and meta-analysis. Br J Sports Med. 2020;54(3):139-153. PMID 31142471. PubMed
  6. King E, Richter C, Franklyn-Miller A, et al. Back to normal symmetry? Biomechanical variables remain more asymmetrical than normal during jump and change-of-direction testing 9 months after anterior cruciate ligament reconstruction. Am J Sports Med. 2019;47(5):1175-1185. PMID 30943079. PubMed
  7. van Melick N, van der Weegen W, van der Horst N, Bogie R. Double-leg and single-leg jump test reference values for athletes with and without anterior cruciate ligament reconstruction who play popular pivoting sports: a scoping review. J Orthop Sports Phys Ther. 2024;54(6):377-390. PMID 38506715. PubMed
  8. Wellsandt E, Failla MJ, Snyder-Mackler L. Limb symmetry indexes can overestimate knee function after anterior cruciate ligament injury. J Orthop Sports Phys Ther. 2017;47(5):334-338. PMID 28355978. PubMed
  9. Webster KE, Hewett TE. What is the evidence for and validity of return-to-sport testing after anterior cruciate ligament reconstruction surgery? A systematic review and meta-analysis. Sports Med. 2019;49(6):917-929. DOI 10.1007/s40279-019-01093-x. DOI
  10. Grindem H, Snyder-Mackler L, Moksnes H, Engebretsen L, Risberg MA. Simple decision rules can reduce reinjury risk by 84% after ACL reconstruction: the Delaware-Oslo ACL cohort study. Br J Sports Med. 2016;50(13):804-808. PMID 27162233. PubMed

Cet article a une visée informative destinée aux professionnels de santé. Il ne se substitue pas au jugement clinique du praticien ni à la décision médicale du chirurgien ou du médecin référent.

Déclaration d'intérêts. Cet article est publié par Corpus K, qui édite les protocoles d'évaluation clinique mentionnés, dont certains sont payants. Les critères et les seuils présentés proviennent de la littérature scientifique indépendante, citée et référencée ci-dessus ; ils ne sont pas produits par Corpus K. L'article a une visée informative et ne substitue jamais la promotion d'un outil à l'exactitude des données. Aucun financement externe n'a soutenu sa rédaction.

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